Alerte au bonheur !

Une méditation du Père Aubert Collard.[1]

 Je ne connais personne qui ne serait prêt à faire d’immenses sacrifices pour que définitivement s’installe la paix du monde. Mais elle ne sera faite que par des artisans de paix. C’est au travers de situations épouvantables et de visions d’un monde déchiré que l’on pourra prendre conscience de ce qu’est vraiment la paix.

 C’est sans doute une des facettes de la pauvreté en esprit qui nous prépare le plus à la rencontre avec Dieu. Tout le monde désire la paix, mais la recevoir n’est jamais facile.

Mille raisons poussaient l’instinct à se défendre, à lutter, à tuer pour survivre ou simplement pour vivre.

 Pour dominer cet instinct, Dieu, le créateur du sixième « jour - amour », a mis dans nos cœurs le besoin de connaître et la possibilité d’aimer. (…)

 La paix ne s’installe pas d’elle-même. Il faut un effort de tous les jours. Même si l’on est pacifique de caractère, on la pratique comme le jardinage.

·        Avec le souci que l’on prend à travailler la terre.

·        Avec le soin que l’on met à semer les graines.

·        Avec l’espoir que l’on garde de les voir devenir des plantes vigoureuses, d’admirer à l’avance une floraison aux mille coloris.

·        Avec la ténacité de redresser, de guider, d’émonder, de protéger la croissance.

·        Avec l’admiration de l’épanouissement dans les midis de l’été.

·        Avec la contemplation lorsque se terminent les saisons et la révélation de la merveille accomplie.

«  Je vous donne ma paix ».

 La paix que Jésus nous donne remonte à la création. La paix qui devait naître et grandir au cœur de l’homme le jour où Dieu l’a tiré de son anéantissement. (…)

Le pardon, la miséricorde et la paix sont trois chemins inévitables vers Dieu. Sans le pardon et la miséricorde, la paix est impossible.

 Tout ce qui vit tend vers l’avenir. Le pardon emplit le passé et l’avenir incertain. La miséricorde sait qu’en chacun des actes d’une vie il y a assez d’amour pour sauver le monde. La paix du Christ croit que pardon et miséricorde dureront de jamais à jamais.

 Je me suis souvent demandé ce que j’aurais fait à la place de Simon de Cyrène. Il revenait paisiblement des champs et il se trouvait subitement jeté dans la mêlée. Chargé de porter la croix à notre place, a-t-il seulement porté le lourd fardeau ou a-t-il aussi connu quelques instants de paix dans les tumultes?

 Il se trouvait sur le chemin d’une autre paix. Celle qui ne déserterait plus le monde et que Jésus conduisait au Calvaire pour qu’elle rayonne à jamais. (…)

 Je ne sais ce qu’est devenu cet habitant de Cyrène, mais il lui est arrivé sûrement la nouvelle étonnante d’un maître ressuscité qui clamait au monde:  « La paix soit avec vous ». (…)

La paix, cela fait des frères et cela fait des fils. Cela devrait faire l’unité de tous les chrétiens. Pour réaliser cette unité, il faudrait aller les uns vers les autres, non pas en conquérants mais en pèlerins, non pas en prosélytes mais en disciples, non pas en rassembleurs mais en pénitents.

Seigneur, toi qui as dit à tes apôtres, je vous donne la paix, je vous laisse ma paix, ne regarde plus nos péchés…

 La paix que je donne, ce n’est pas à la façon du monde que je la donne, mais à la manière du ressuscité qui a traversé le trouble de la mort. Ce n’est pas la paix qui endort, mais celle qui réveille le monde. (…)

 Père Aubert Collard, Alerte au bonheur, les Béatitudes. Éditions Saint-Paul, Paris, 1987.


[1]  Un extrait de ce texte a été lu lors de l’Office du Vendredi Saint 2009 enregistré en l’église de Sainte-Julie et diffusé par Radio-Canada dans le cadre de son émission spéciale du Jour du Seigneur.

 


dernière mise à jour le  20-juil.-2009