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Alerte au bonheur !
Une méditation du Père
Aubert Collard.
Je
ne connais personne qui ne serait prêt à faire d’immenses sacrifices
pour que définitivement s’installe la paix du monde. Mais elle ne sera
faite que par des artisans de paix. C’est au travers de situations
épouvantables et de visions d’un monde déchiré que l’on pourra prendre
conscience de ce qu’est vraiment la paix.
C’est
sans doute une des facettes de la pauvreté en esprit qui nous prépare le
plus à la rencontre avec Dieu. Tout le monde désire la paix, mais la
recevoir n’est jamais facile.
Mille raisons poussaient
l’instinct à se défendre, à lutter, à tuer pour survivre ou simplement
pour vivre.
Pour
dominer cet instinct, Dieu, le créateur du sixième « jour - amour »,
a mis dans nos cœurs le besoin de connaître et la possibilité d’aimer.
(…)
La
paix ne s’installe pas d’elle-même. Il faut un effort de tous les jours.
Même si l’on est pacifique de caractère, on la pratique comme le
jardinage.
·
Avec le souci
que l’on prend à travailler la terre.
·
Avec le soin
que l’on met à semer les graines.
·
Avec l’espoir
que l’on garde de les voir devenir des plantes vigoureuses, d’admirer à
l’avance une floraison aux mille coloris.
·
Avec la
ténacité de redresser, de guider, d’émonder, de protéger la croissance.
·
Avec
l’admiration de l’épanouissement dans les midis de l’été.
·
Avec la
contemplation lorsque se terminent les saisons et la révélation de la
merveille accomplie.
« Je
vous donne ma paix ».
La
paix que Jésus nous donne remonte à la création. La paix qui devait
naître et grandir au cœur de l’homme le jour où Dieu l’a tiré de son
anéantissement. (…)
Le
pardon, la miséricorde et la paix sont trois chemins inévitables vers
Dieu. Sans le pardon et la miséricorde, la paix est impossible.
Tout
ce qui vit tend vers l’avenir. Le pardon emplit le passé et l’avenir
incertain. La miséricorde sait qu’en chacun des actes d’une vie il y a
assez d’amour pour sauver le monde. La paix du Christ croit que pardon
et miséricorde dureront de jamais à jamais.
Je me
suis souvent demandé ce que j’aurais fait à la place de Simon de Cyrène.
Il revenait paisiblement des champs et il se trouvait subitement jeté
dans la mêlée. Chargé de porter la croix à notre place, a-t-il seulement
porté le lourd fardeau ou a-t-il aussi connu quelques instants de paix
dans les tumultes?
Il
se trouvait sur le chemin d’une autre paix. Celle qui ne déserterait
plus le monde et que Jésus conduisait au Calvaire pour qu’elle rayonne à
jamais. (…)
Je ne
sais ce qu’est devenu cet habitant de Cyrène, mais il lui est arrivé
sûrement la nouvelle étonnante d’un maître ressuscité qui clamait au
monde: « La paix soit avec vous ». (…)
La
paix, cela fait des frères et cela fait des fils. Cela devrait faire
l’unité de tous les chrétiens. Pour réaliser cette unité, il faudrait
aller les uns vers les autres, non pas en conquérants mais en pèlerins,
non pas en prosélytes mais en disciples, non pas en rassembleurs mais en
pénitents.
Seigneur, toi qui as dit à tes
apôtres, je vous donne la paix, je vous laisse ma paix, ne regarde plus
nos péchés…
La
paix que je donne, ce n’est pas à la façon du monde que je la donne,
mais à la manière du ressuscité qui a traversé le trouble de la mort. Ce
n’est pas la paix qui endort, mais celle qui réveille le monde. (…)
Père
Aubert Collard, Alerte au bonheur, les Béatitudes. Éditions
Saint-Paul, Paris, 1987.
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